|
|
 |
|
 |
|
Aperçu historique de l'Edough et de la la commune de Seraïdi (ex Bugeaud)
   L'Edough est un massif forestier culminant à plus de 1000 m d'altitude. La chaîne montagneuse s'étend de la presqu'île du Cap de Garde jusqu'au massif du Cap de Fer. Des dolmens et des éclats d'outils lithiques trouvés ça et là rappellent que dans ces montagnes évoluait, il y a des millénaires, l'homme du néolithique, celui qui taillait les pierres. D'autres vestiges plus récents rencontrés aux abords des routes et des sentiers témoignent de la présence numide et romaine. D'après les récits de certains historiens de l'antiquité (vers 530), l'Edough est identifié au mont "Pappua". Le djebel Edough était habité par des grandes tribus ancestrales principalement les Ouichaoua et les Ouled Attia originaires d'El Qol (Collo). Durant la conquête française, le Général Randon, à la tête d'une colonne militaire, "pacifia" l'Edough vers la fin 1841. A titre de dommages de guerre, il confisqua les terres tribales ainsi que l'ancien domaine public Turc qui seront par la suite exploités par l'administration française des eaux et forêts. Dès janvier 1842, il fit ouvrir un chemin à travers la forêt jusqu'au Bou Zizi. Une colonne en marbre fut érigée sur le lieu du point de départ de cette route lors de son inauguration et donna peu à peu naissance à ce populeux faubourg au nord-ouest de la ville, spontanément appelé "quartier de la colonne Randon". Dès 1847, un village de colonisation, baptisé "Bugeaud", est crée au sommet de la montagne pour accueillir les premiers habitants. Le développement de l'exploitation du chêne-liège, principale essence sylvestre de l'Edough, attira dès 1851, les premiers colons originaires de l'est de la France, principalement des bûcherons Vosgiens puis, à partir de 1871, des ouvriers liégeurs Alsaciens-Lorrains. Ces derniers choisirent, pour la majorité d'entre eux, l'exil en Algérie, optant pour la nationalité française et fuyant l'annexion allemande après la victoire, en 1870, de la Prusse sur la France. C'est en 1861 que Bugeaud obtint le statut de Commune. Après l'indépendance, en 1962, Bugeaud est rebaptisé "Seraïdi" (martyr de la guerre d'indépendance).
Seraïdi est un village forestier situé sur les hauteurs du massif de l'Edough à 850 m d'altitude et à peine 12 Km d'Annaba. Plus bas, nichée au cœur de la montagne, se trouve son annexe, la petite localité de Fedj El Maâden, ex Sainte-Croix de l'Edough, qui abrite la "Fontaine du Prince" (ainsi nommée en l'honneur de la visite que fit à l'Edough, en 1844, le prince Henri d'Orléans, duc d'Aumale, fils du roi Louis-Philippe). C'est au voisinage de cette fontaine que partaient les aqueducs romains pour alimenter les citernes d'Hippone. Le point le plus haut du massif de l'Edough, culminant à 1008 m d'altitude, est le mont Bou Zizi appelé par les anciens le Kef Sbaâ (rocher du lion). L'itinéraire, abrupt et hélicoïdal, traverse une forêt de chênes-lièges avec un frais sous-bois de fougères aux côtés desquelles poussent des fruits et légumes dont la renommé est proverbiale. Mais, le plus souvent, domine un maquis de genêts associés par endroit à d'autres essences tels que des chênes vert, chênes zèen, châtaigniers, noyers, oliviers, figuiers de barbarie, eucalyptus ou encore pins et sapins...etc. Le charme de l'Edough est forestier et maritime. La montagne nous invite aux randonnées sylvestres au printemps, aux plaisirs des baignades en été et aux joies de la neige en hiver. L'Edough recèle de magnifiques clairières au coeur d'une forêt parfois impénétrable. Dans les bois clairs-obscurs, il y règne un calme absolu interrompue parfois par des chants saccadés d'oiseaux invisibles ou par le ruissellement lointain d'une cascade qui s'en va se perdre dans les entrailles mystérieuse de la forêt vierge. Sur le versant maritime de l'Edough, se trouve l'une des plus belle plage d'Annaba : la "Grande Plage" (ou Jnane El Bey). C'est, en effet, une plage de sable fin immense traversée par une rivière où viennent s'abreuver des vaches en semi-liberté, d'où son nom "Oued El Baqrate". Après quelques virages virulents à travers une route aux cols d'accès difficiles se trouvent le hameau d'El Romanat, qui serait "Sublucu" dans l'antiquité romaine, suivi à quelques encablures plus loin, du petit débarcadère de Aïn Barbar. La végétation y est abondante et le brouillard quasi-permanent. Déjà dès 1849 Aïn Barbar fut l'objet de prospections minières intensives. On découvrit les fameux gisements de plomb, de zinc et de cuivre. La première exploitation des mines fut confiée à un homme d'affaire français installé à Bône, un certain Lecoq. Puis à partir de 1860, la société du "Mokta El Hadid", installée à Aïn Mokra (Berrahal), s'en était déclarée concessionnaire.
   La
flore et la faune de l'Edough y étaient beaucoup plus riches
qu'elles ne le sont de nos jours. La faune y était composée
d'une riche réserve de bêtes féroces. Le Kef
Sbaâ évoque le roi des animaux dont les rugissements
inquiétaient encore le siècle dernier le bétail
et les villageois. Le dernier lion d'Algérie, dit lion
de Barbarie ou "lion de l'Atlas", aurait été
abattu, paraît-il, dans ces forêts vers 1890 par les
colons. La panthère tachetée surabondait également
dans ce vaste territoire boisé. Ces redoutables félins
représentaient une menace quasi permanente pour les troupeaux
et leurs bergers qu'ils n'hésitaient pas à attaquer.
Lions et panthères ou encore ours furent massivement capturés
par les romains pour les jeux du cirque. Ils devinrent "mangeur
de chrétiens" au Colisée de Rome. Outre ces
grands prédateurs, le gibier de poil et de plume, dont
l'autruche et l'onyx, sont largement représentés
sur les mosaïques d'Hippone. Dans l'antiquité, à
en croire certains historiens, des éléphants de
la plus petite espèce africaine typiquement locaux, pullulaient
dans les forêts de l'Afrique du Nord, notamment dans les piémonts de l'Edough. Ils se seraient maintenus jusqu'aux 1er siècle
de notre ère, et leur extinction est due à la chasse
systématique dont ils furent victimes, en particulier pour
approvisionner les amphithéâtres de la Rome impériale.
Signalons que c'est à dos de ces braves pachydermes que
le Général Carthaginois Hannibal Barca et sa cavalerie
Numides avaient remporté la célèbre bataille
de Cannes (-216) durant la seconde guerre punique. La région
d'Annaba était donc très giboyeuse. Comme partout
en Méditerranée, les incendies de forêts provoquent
des désastres écologiques et humains. De vastes
superficies de l'Edough, allant du Cap de Garde au Cap de Fer,
disparaissent périodiquement sous les flammes, entraînant
une réduction de la faune et de la flore et repoussant
de plus en plus loin la limite de la forêt vierge.
   Le
lieu incontournable du village de Seraïdi est sans conteste
l'Hôtel El Mountazah. Durant l'époque coloniale,
l'établissement était un Hôtel-Casino, surnommé
"Hôtel du Rocher". En 1967, il fut entièrement
transformé en un Hôtel de trois étoiles conçu
par le célèbre architecte Français, Fernand
Pouillon, dont l'uvre, répartie principalement entre
la France et l'Algérie, est considérable (l'hôtel
Seybouse en 1976, l'hôtel El Mordjane d'El Kala en 1967,
les complexes touristiques de Sidi Ferruch, Tipaza, Zéralda
à Alger, une partie du Vieux port de Marseille
etc.). Il lui donna cet air andalous et
y construisit une piscine pour attirer les touristes. L'hôtel
est bâtit en nid d'aigle et offre une vue spectaculaire
sur la côte nord-ouest depuis la pointe du Cap de Garde
jusqu'aux côtes brumeuses d'Aïn Barbar. Le téléphérique,
construit vers la fin des années 1980, faisant la navette
Sidi Harb-Seraïdi, est en panne depuis des années.
Station climatique par excellence, le site de Seraïdi offrait un sanatorium de 300 lits d'importance régionale,
construit en 1955, dans le cadre de la politique de santé publique. Il attirait des patients de tout l'est algérien
pour y passer des séjours de cure et de repos. Il est aujourd'hui
reconverti en un centre régional de médecine physique
et de rééducation fonctionnelle. Le plateau de Bou
Zizi accueille une station radar installée après
la seconde guerre mondiale. Quant au C.R.E.P.S. (Centre Régional
d'Education Physique et Sportive), il est, de nos jours, abandonné
et livré aux chèvres. Les 10 000 habitants de la
commune de Seraïdi ont le sentiment d'être les éternels
oubliés de la région. Dans ce village, traditionnellement
agricole, les pénuries de tout genre sont légions.
Conduites d'eau potable et du gaz naturel défaillantes,
coupures électrique fréquentes, réseau d'évacuations
des eaux usées non entretenu, moyens de communication catastrophiques,
absence d'établissement scolaire du secondaire, chômage
en constante hausse, toute une situation à l'origine du
mécontentement de la population. Les sorties macabres des
groupes armés, réfugiés dans les reliefs
accidentés de l'Edough, ont contraint les montagnards à
déserter leurs chaumières abandonnant derrière
eux une terre nourricière. Fuyant une mort certaine, les
villageois d'Aïn Barbar et d'El Romanat se sont réfugiées
en masse à Seraïdi. Aujourd'hui, le rétablissement
progressif de la sécurité a permis le retour
des familles habitants ces zones éloignées.
|
|
 |
|
 |
Copyright © Kamel - Annaba et sa région 2005-2008
|