Tombe de Nathalie (Charlotte Dorothée Moerder) d'Eberhardt au cimetière Zaghouane. Née en 1835 à Saint-Pétersbourg, décédée à Bône en 1897.

Isabelle Eberhardt, fille de Nathalie Eberhardt, née à Genève en 1877, décédée à Aïn Sefra en 1904 (Isabelle en bédouin 1897).

Nathalie Eberhardt
meure 6 mois seulement après s'être installée à Bône avec sa fille. Cette dernière n'est autre que l'énigmatique et aventurière-écrivain Isabelle Eberhardt. Le destin extraordinaire d'Isabelle contribue à faire d'elle un personnage de légende qui mérite d'être brièvement conté. Nathalie et sa fille débarquent en mai 1897 au port de Bône, fuyant vraisemblance le mouvement révolutionnaire russe de l'époque, et habiteront au cœur du quartier indigène. Très vite Isabelle, qui n'a que 20 ans, saisi les valeurs essentielles du pays qu'elle aborde. Elle troque ses vêtements européens contre un long burnous blanc et avec une rapidité étonnante se met à parler l'arabe. C'est vraisemblablement lors de ce premier séjour à Bône qu'Isabelle et sa mère ont prononcé la profession de foi islamique. Le 28 novembre 1897, Nathalie meurt et se fait enterrer, selon ses vœux, dans le paisible cimetière Zaghouane. Une semaine après la mort de Nathalie, Isabelle, inconsolable, est contrainte de quitter Bône. En 1899 celle-ci repart en Afrique du Nord pour découvrir le Sahara et son peuple, dont elle tombe aussitôt amoureuse. Elle parcouru les immenses étendues sahariennes, drapée dans les plis de son burnous et bottée en cavalier arabe. Elle fait la description minutieuse des décors, des tenues et des rituels avec une touche poétique et sensuelle. Son style d'écriture et de vie dérangent : elle s'enivre, fume du kif, finit souvent la nuit avec un indigène. Tantôt vêtue en homme, tantôt en femme, sa personnalité paradoxale, sa détresse authentique, suscitent l'hostilité des colonialistes français. Août 1900, arrivée à El Oued, Isabelle rencontre Slimène Ehnni, interprète et sous officier de spahis, qu'elle épousera en 1902. Peu après, elle s'initie à la confrérie soufiste des Qadrya. Elle adopte pour justifier son déguisement masculin le nom de Si Mahmoud Essadi. Septembre 1903, Isabelle part comme reporter de guerre dans le sud oranais. Mais sa vie s'acheva à l'âge de 27 ans, le 21 octobre 1904, par une nuit d'orage à Aïn Sefra. Sa maison, construite sur les rives d'un oued asséché, est emportée par un torrent d'eau boueuse où périrent 26 personnes. Elle sera inhumée dans le cimetière musulman de cette chaude terre africaine de Aïn Sefra. Toute sa vie, elle allait se souvenir du temps qu'elle vécut à Bône en compagnie de sa mère. Ces quelques mois passées à "Aneba" - c'était ainsi qu'elle désignait la ville de Bône et jamais elle ne l'appela autrement - elle en parlait comme d'un séjour sur une "île enchantée"... "De cette Aneba qui me fit rêver pendant deux années, là bas, sur la terre de l'exil…". Le souvenir du cimetière Zaghouane, qu'elle appellera "colline sainte", parait avoir fasciné Isabelle au point qu'elle le citera dans ses nombreux récits. Quand elle évoque Annaba, il est rare qu'elle n'évoque pas aussi le lieu de paix où repose sa douce et tendre mère, ce lieu dont elle souhaitait qu'il fût aussi celui de sa dernière demeure. "…Sous quel ciel et dans quelle terre reposerais-je, au jour fixé par mon destin ? Mystère… et cependant je voudrais que ma dépouille fût mise dans la terre rouge de ce cimetière de la blanche Aneba, où elle dort (sa mère)…ou bien, alors, n'importe où, dans le sable brûlé du désert, loin des banalités profanatrices de l'Occident envahisseur…". Elle a laissé de nombreux récits qui parurent après sa mort. La ville de Bône en avait d'ailleurs gardé le souvenir par une plaque apposée dans le quartier de Caroubier prés de l'ancienne "Fontaine romaine".
(© http://annaba.net.free.fr)