Avoir 20 ans dans... l'Edough…
Moi l'instit d'Aïn Barbar (1960/1963), jeune "patos" Toulousain, j'ai eu 20 ans à Aïn Barbar en janvier 1962.

magalon 1Je me présente. Je suis un enseignant à la retraite. J'ai eu l'avantage (pour l'expérience humaine) de faire partie du plan de scolarisation totale de l'Algérie, un des volets du plan de Constantine (1958). En 1960, à ma sortie du lycée, j'ai été, à ma demande, affecté au village d'Aïn Barbar. J'ai choisi Aïn barbar car la mine pouvait représenter un vécu intéressant. Quand je suis arrivé à Aïn Barbar, en 1960, le village était un village dit "de regroupement"  (pour des raisons stratégiques, l'armée regroupait les populations). Il devait bien compter 250 habitants et dépendait de la commune de Bugeaud (Seraïdi actuel). L'activité principale du village était l'exploitation de la mine de cuivre, propriété à l'époque de PENAROYA, une multinationale. La majorité des hommes travaillaient dans la mine et dans les ateliers de triage du minerai appelés  "laveries". Le site était en forme d'entonnoir, on ne peut oublier la dernière partie de la piste avec ses 32 lacets sur 6 Km... La mine était située dans la partie haute, le minerai descendait à l'aide d'un tapis  roulant de plusieurs centaines de mètres. Essentiellement du cuivre avec une moindre quantité de plomb et de zinc. Le minerai était ensuite acheminé par la mer jusqu'au port de Bône à l'aide d'une sorte de péniche qui du fait de sa configuration (absence de quille) ne pouvait naviguer que par beau temps. Nous appelions ce type de bateau une balancelle... Ce bateau qui a fini ses jours sur la cote d'Azur a quand même regagné la métropole en longeant la côte italienne... Il s'appelait le "CARAMY" (j'ai su plus tard que c'était le nom d'une rivière du VAR. Peut être que son propriétaire était natif de ce département. En tout cas c'est une véritable épopée...) La seconde activité était l'élevage des bovins, moutons, volailles, chèvres et quelques cultures maraîchères  (je choisis volontairement  de ne pas parler des activités militaires pour éviter les sujets qui fâchent...). Le village étant situé en "zone interdite". Sa seule liaison avec Bône était un convoi escorté une fois par semaine avec protection aérienne. Le village possédait une épicerie tenue par un mozabite M. ZEKRI qui fournissait tout ce qui est nécessaire à condition de passer commande une semaine à l'avance. Une petite cantine pour les cadres fournissait à profusion des poissons de la petite baie pêchés au filet. Le rouget d'Aïn Barbar, un régal.... La population très pauvre était généreuse. Je ne passais jamais une semaine sans gâteaux et autres nourritures.  Ma récompense était de me démener pour toujours approvisionner la petite cantine froide du midi. Aux élèves travailleurs, ma générosité en retour était un dictionnaire LAROUSSE, acheté sur mon modeste traitement... il doit bien rester quelques dictionnaires dans le village d'Aïn Barbar... Ces enfants avaient une telle soif d'apprendre... En 1961, les habitants du village étaient pour l'essentiel des Français musulmans (appelation exacte jusqu'à l'indépendance. )

magalon 1 Les cadres de métropole pour la plupart vivaient sur place avec leurs familles. La direction de la mine était composée de métropolitains qui avaient déjà une expérience de l'Afrique. Dans chaque classe nous avions 3 ou 4 enfants de métropole (enfants des cadres de la mine). Le bâtiment est un préfabriqué "FILHO" (je ne suis pas certain de l'orthographe). Bâtiment à double toit pour la chaleur. Ces constructions rapides ont été mises en place dans beaucoup de petits villages du bled à l'époque du plan de Constantine, quand une école en dur n'existait pas encore. Mes sentiments sur le conflit : je vais répondre ce que j'ai répondu à un étudiant algérien il y a peu de temps : "j'ai choisi d'aller en Algérie avec un cartable et c'est beaucoup mieux ainsi". Je précise que les appelés eux n'avaient pas le choix.... Pour la petite histoire, je veux vous rapporter un mot historique : je me promenais avec un ami dans le quartier de Vieux Kouba à ALGER. Cet ami habitait à côté de la villa de M. FERHAT ABBAS. Ce dernier se trouvait dans son jardin."Bonjour M. ABBAS, je vous présente M. "M...." qui est enseignant en Algérie. Nous étions en 1963. Au cours de la conversation M. ABBAS me regarde fixement et me dit "j'ai toujours pensé qu'il y avait de la place pour tous en Algérie". C'est une phrase qui m'est restée... loin des propagandes politiques... Quelques légendes de vos photos d'Aïn Barbar : Photo n° 7 (plage) : Après la classe, vers 17 h je descendais sur cette plage avec une ribambelle d'enfants et nous prenions un bain. Les enfants étaient heureux... les HOMMES PASSENT LA NATURE RESTE... la plage est toujours la même.... Photo n° 5 (embarcadère) : A l'époque l'embarcadère du "CARAMY". Photo n° 2 (avec au premier plan la 405 Peugeot) : Derrière on voit une partie du bâtiment ou était entretenu le parc des véhicules composé de 4 LAND ROVER et d'autant de camions BERLIET de l'époque. La cheminée derrière n'était pas utilisée. Elle devait dater du début de l'implantation de la mine.

Encore merci à vous Kamel et à Réda pour ces images d'un passé retrouvé...
Si certains ont de la mémoire je laisse mon mail : beldimo@orange.fr

Bien cordialement.
Jean-Pierre MAGALON