Annaba - La mosquée millénaire Abou Marwane Ech-Charif

La doyenne des mosquées d'Annaba, qui aura échappé aux vicissitudes du temps et des hommes, fut construite au sommet de ce promontoire dominant la ville et la mer vers 1033 par les Sanhadjas, et autour duquel s'est organisée la nouvelle médina. Ce fut Abou Marwane El Bouni qui eut, en premier, la responsabilité de la mosquée Abou Leïth. Il en fit non seulement une prestigieuse université théologique, mais aussi la mosquée où le rite malakite trouvait son appui. Si sa date de naissance, 439 de l'hégire (1037), et son lieu de naissance ont toujours été controversés par plus d'un historien, c'est dans "Ed Doura El Maknouna Fi Tarikh Oulama Bouna" que l'auteur Cheikh Ahmed El Bouni situe sa naissance à Ichbillia (Séville, en Andalousie). Son nom est lui-même sujet à controverse, car l'inexplicable confusion de surnoms qu'on lui attribut demeure une énigme ; et si pour les Annabis il se prénomme Bou Marwane Ech-Charif, pour des générations d'historiens il s'appelle, entre autres, Abd El Malek Marwane Ben Ali Assadi El Katane El Bouni. Dés son jeune âge, il se rend à Cordoue pour s'instruire sous la direction de deux grands maîtres, le professeur El Assili et le cadi Abou El Matraf dont il hérite la science. De Cordoue et après un séjour en Orient, il apparaît en Afrique du Nord. A Kairouan, il fréquente les cours de Abou El Hassen El Kabrissi ainsi qu'à Tlemcen ceux de Abou Jaâffar Ahmed Ben Nasr Ed-Douadi auprès duquel il demeure cinq années et où il acquerra une très forte personnalité. De retour à Bouna où sa famille l'avait précédé, à peine est-il nommé imam de cette mosquée que se manifeste la grande vitalité de sa culture rapidement mise à la portée de toutes les classes sociales. Il se consacre aussi à la réalisation d'une grande oeuvre, l'ouverture d'une université théologique aux lieu et place de la mosquée et où des cours publics feront l'admiration des tolaba ; parmi eux, qui sera plus tard l'une des plus grandes gloires littéraires d'Andalousie, El Imam Omar Ibn Hida, dont les écrits soulignent le haut savoir et l'éloquence de son professeur. El Imam El Hida, originaire de Tolède, passa donc de nombreuses années à Bouna en compagnie d'une élite d'étudiants venue également d'Espagne. Au fil du temps, notables, savants et hommes de lettres célèbres séjournèrent à Bouna. Une des sommités du monde littéraire, Abou El Kacem Ibn Mohammed, connut aussi Abou Marwane El Bouni et étudia auprès de lui le fikh et l'analyse du Coran. Mais dans cette université en ébauche, il était assisté de son neveu El Fakih Omar El Katane El Bouni. C'était aussi un savant célèbre formé sans doute dans la Jamiâ d'Abou Jaâfer Ed-Daouadi. L'ouvrage le plus important du premier doyen de l'université de Bouna est sans conteste le commentaire du livre El Mouatta de l'Imam Malek, ouvrage qui fut repris par d'autres sommités de la littérature telles que Hatem Et-Trabelsi, Abou El Khala et Ali Amr El Qalini. Un exemple de cet ouvrage se trouve de nos jours à la célèbre université la Zitouna de Tunis. Se permettre à travers ce livre, de commenter les conceptions de l'Imam Malek, l'un des quatre grands imams de l'Islam , c'était faire preuve d'une audace que seule une érudition incomparable peut autoriser. Ce livre affirma, dès lors, la prodigieuse culture de celui dont le nom devait désormais s'identifier à cette mosquée. A sa mort, vers 1111, il fut enterré dans l'une des salles de l'édifice auprès d'Abou Leïth El Bouni, concepteur et constructeur de la mosquée. Il eut pour successeur à la tête de l'université son neveu, Omar El Katane. En 1832, la mosquée est transformée par l'administration coloniale française en hôpital militaire où elle perdit ses deux principales coupoles. Rendue à l'islam en 1947, après les événements du 8 mai 1945, elle compte parmi les quatre hauts lieux de culte du Maghreb. Après avoir été un institut d'enseignement islamique en 1967, elle fut transformée en un centre culturel islamique sur décision du ministère des affaires religieuses et des habous. De nos jours, il existe encore à l'intérieure de la mosquée la tombe du célèbre théologien Abou Marwane El Bouni (l'emplacement du tombeau d'Abou Leïth El Bouni demeure cependant incertain).
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