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L'Algérie de 1988-2005

Le 12 juin 1990, aux élections municipales et régionales, on assiste à un rejet massif du FLN et au raz de marée du Front Islamique du Salut (FIS) qui rafle quasiment tous les conseils municipaux des grandes villes. Les premières élections législatives pluralistes sont prévues pour le 27 juin 1991. Mais le FIS, en désaccord avec le mode de scrutin et le découpage électoral prévus, choisit l'affrontement dans la rue. Le 15 juin, le FIS appel à la grève générale. Les élections sont reportées et Khaled Nezzar, Ministre de la Défense, fait arrêter, le 30 juin 1991, les deux principaux leaders du FIS, Abbassi Madani et Ali Benhadj, accusés de subversion et d'atteinte à la sûreté nationale. L'état de siège est décrété tandis que le Premier Ministre Mohamed Hamrouche, partisan d'une solution politique, démissionne. Il est remplacé par Sid Ahmed Ghozali le 5 juin 1991 qui s'affirme lui aussi partisan de la reprise du processus électoral. Le 29 octobre 1991, un groupe du MIA (Mouvement Islamique Armé), dirigé par un certain Tayeb El Afghani, réapparaît à nouveau lors d'une sanglante attaque contre une caserne militaire à Guemmar, près d'El Oued, où quatre soldats furent massacrés, pour s'emparer d'un stock d'armes. Le FIS, désormais, mené par Abdelkader Hachani, accepte toutefois de participer au prochain scrutin. Le 1er tour des élections législatives se tient le 26 décembre 1991, malgré l'attaque de Guemmar. Les islamistes obtiennent déjà 188 sièges, laissant loin derrière le FFS (25 sièges) et le FLN (18 sièges). Mais le FIS a perdu plus d'un million de voix par rapport aux élections municipales de juin 1990. Dés lors, le camp démocratique algérien se divise entre ceux qui plaident pour un arrêt du processus électoral et ceux qui estiment nécessaire le respect du résultat des urnes. La confusion est totale et la paix civile est compromise. C'est dans ces conditions que l'armée a tranché : "Il fallait éviter la guerre civile et l'afghanisation de l'Algérie" (sic). Les Généraux "démissionnent" le président Chadli Bendjedid, qui s'apprêtait à cohabiter avec le FIS. Le 11 janvier 1992, Chadli annonce sa démission à la télévision, tout en déclarant avoir dissout l'Assemblé sortante. Le second tour des législatives n'aura donc pas lieu du fait de la vacance du pouvoir. Pour assurer la continuité de l'Etat dans ce vide institutionnel, un "Haut Comité d'Etat" (HCE) est formé le lendemain avec en son sein, le Général Khaled Nezzar, homme fort du régime, mais aussi Ali Kafi, qui préside l'influente Organisation Nationale des Moudjahidine (anciens combattants de la guerre d'indépendance). Le régime, aux abois et toujours en quête de légitimité historique, fait appel à une personnalité que la mémoire officielle a toujours pris soin d'effacer. Il s'agit de Mohamed Boudiaf, un des pères fondateurs du FLN originel, exilé depuis 28 ans au Maroc. Le 14 janvier 1992, Mohamed Boudiaf devient Président du HCE. Faisant irruption dans les moments décisifs de la tragédie algérienne, Boudiaf s'oppose fermement aux mouvements islamistes. Le HCE fait aussitôt arrêter les dirigeants du FIS. Dans le même temps, plusieurs milliers de militants FIS, ou supposés tels, sont déportés et internés dans des camps du sud du pays. Le début du mois de février est aussi marqué par l'augmentation d'actes terroristes. Le 9 février 1992, le HCE instaure l'état d'urgence sur l'ensemble du territoire algérien. Le 4 mars, le tribunal administratif d'Alger confirme la dissolution du FIS. Les priorités de Boudiaf c'est de réformer le système politique en profondeur et éradiquer la corruption endémique qui gangrène le pays. Ses assassins ne lui laisseront pas le temps : d'énormes intérêts sont en jeux et de hauts responsables impliqués dans des affaires de corruptions risquent de tomber. Le 29 juin 1992, Mohamed Boudiaf, le vieux révolutionnaire au slogan "l'Algérie avant tout", est abattu dans le dos par un élément de sa garde rapprochée à Annaba lors d'une conférence télévisée. Le peuple Algérien vient d'assister en directe à la liquidation de son Président. Officiellement, l'assassina de Boudiaf est une action isolée perpétrée par un sympathisant islamiste, le sous lieutenant du Groupe d'Intervention Spéciale (GIS), Lembarek Boumaârafi… Mais les Algériens ainsi que l'opinion internationale ne se laisseront pas duper par cette version. Après avoir connu un court moment d'euphorie démocratique, l'Algérie s'apprête à basculer dans sa période la plus noire depuis l'indépendance. Le 2 juillet 1992, Ali Kafi, prend la tête du HCE. Le 15 juillet, Abassi Madani et Ali Benhadj, sont condamnés par le tribunal militaire de Blida à 12 ans de réclusion. Moins de deux mois après l'assassina de Boudiaf, un nouveau drame a frappé l'Algérie. Le 26 août 1992, dans l'aéroport d'Alger, un attenta à la bombe, officiellement attribué à des islamistes, coûte la vie à 9 personnes et fait 128 blessés. Pour la première fois depuis l'indépendance, le terrorisme aveugle frappe la population civile. Dès lors une effroyable machine de mort va plonger le pays dans une atroce spirale de terreur. Les groupes islamiques armés (GIA) vont plonger le pays dans un douloureux bain de sang n'épargnant aucune catégorie sociale et sans distinction d'âge ou de sexe. A l'automne 1995, un bilan fait état de 60000 morts depuis 1992. Le 16 novembre 1995, à l'issue de la première élection présidentielle pluraliste dans l'Algérie indépendante, Liamine Zeroual est élu avec 61 % des suffrages. Son élection, malgré le boycott du scrutin par les autres partis d'oppositions, redonne à l'Algérie sa crédibilité sur le plan international. Le 13 novembre 1996, est adoptée une nouvelle constitution qui accroît les pouvoirs présidentiels, consacre l'islam religion d'Etat, et, surtout, interdit les partis politiques à caractères religieux ou régionalistes. L'année 1997 est l'une des plus sanglante de la guerre "contre les civiles" en Algérie. Les villages de Bentalha, Raïs et Béni Messous ne sont tout compte fait que le commencement d'un génocide qui n'a rien à envier à celui de Pol Pot. L'extermination gratuite de ces pauvres villageois de l'été 1997, attribuée au GIA, demeure cependant une énigme. Le 11 septembre 1998, Liamine Zeroual, excédé par les rivalités entre clans, annonce son attention de démissionner. Après plusieurs semaines de tergiversations, et dans l'optique de la future élection présidentielle, les Généraux tentent de "ressusciter" l'ancien Ministre des Affaires Etrangères de Houari Boumediene : Abdelaziz Bouteflika. Durant les premiers mois de l'année 1999, l'essentiel de la campagne électorale tourne autour de la "réconciliation nationale". Le 16 avril 1999 Abdelaziz Bouteflika est élu avec 74 % des suffrages exprimés sur 60,25% de votants, mais le vote est entaché par le retrait, la vielle du scrutin, des six autres candidats. Ces chiffres ont cependant été mis en doute tant par la presse algérienne et internationale que par les diplomates en poste à Alger. Depuis son arrivé à la tête de l'Etat, Abdelaziz Bouteflika multiplie les déclarations et les gestes symboliques. Il réaffirme sa détermination à rétablir la sécurité, la paix et la stabilité. A cette fin, il engage un processus législatif de concorde civile, consacré, le 16 septembre 1999, par un référendum qui recueille plus de 98% de suffrages favorables. Le rétablissement progressif de la sécurité permet au Président Bouteflika d'entamer, sur le plan intérieur, un vaste programme de refondation de l'Etat algérien. Alors que le début des années 2000 a été marqué par l'émergence de nouveaux milliardaires qui ont profité de la libération de l'économie, toute une partie de la société algérienne a sombré dans la paupérisation. Enfin, la présidence de Bouteflika reste marquée par la mise en accusation du régime à l'étranger, notamment en France. Le 18 avril 2001, le jeune Massinissa Guermah est tué d'une rafale de kalachnikov dans la brigade de gendarmerie de Béni Douala, près de Tizi Ouzou. Trois ans après la colère kabyle qui avait suivi l'assassinat du chanteur Kabyle Lounès Matoub, le Printemps noir vient de débuter. Les affrontements, particulièrement violents, entre manifestants et les forces de l'ordre éclatent. Le bilan est lourd : officiellement 60 morts et près de 2000 blessés. Le 3 octobre 2001, le Président Bouteflika, annonce ainsi une prochaine modification de la constitution pour faire du Tamazight une longue nationale. Le 22 février 2004, Abdelaziz Bouteflika annonce son intention de se présenter pour un second mandat présidentiel. Il mène campagne pour défendre les grands thèmes de son projet de société, notamment la réconciliation nationale, la révision du code la famille, la lutte contre la corruption et la poursuite des réformes engagées. Le 8 avril 2004, il est réélu dès le premier tour avec 83,49 % des voix exprimées (la participation électorale, selon les chiffres officiels, s'établit à 57,8 %). Le résultat est salué par les chefs d'État étranger mais contesté par l'opposition qui parle de fraude massive (son principal concurrent, Ali Benflis, a obtenu 7,93% des suffrages).


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