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L'Algérie de 1962-1988
  
Tandis que ce poursuit, à un
rythme accéléré, le départ des "Pieds-noirs"
vers la métropole, les forces militaires françaises
s'apprêtent à quitter le territoire algérien.
Dans un fantastique désordre, l'Algérie se vide
de ses cadres, de ses chefs d'entreprises, de ses fonctionnaires,
de ses enseignants, de ses médecins. Cet exode se traduit
par la fermeture des usines, par l'abandon des grandes exploitations
agricoles et, par conséquent, par la fuite des capitaux.
De nombreux établissement publics sont détruit ou
incendiés, conséquence de la politique de la terre
brûlée de l'OAS, de janvier à juin 1962. Des
centaines de milliers de ruraux, tout juste sortis des lieux de
regroupement, emplissent les villes d'Algérie. Ils s'installent
dans les appartements laissés vacants. Plus de 40 % de
la population vit en dessous du seuil de la pauvreté. La
situation sociale et économique de l'Algérie au
lendemain de l'indépendante est on ne peu plus désastreuse.
C'est dans ce contexte précaire que la nouvelle équipe
dirigeante, doit définir une stratégie de développement
pour bâtir un Etat moderne et sortir le pays du sous-développement.
Mais elle se trouvent paralysée par des luttes de clans.
Les pratiques de régionalisme et de clientélisme
s'installent et annoncent déjà l'émergence
d'une féodalité politique. Le 15 septembre 1963,
Ahmed Ben Bella est élu premier président de la
République Algérienne. Le socialisme algérien
de Ben Bella doit être menée par la paysannerie,
les travailleurs et les intellectuels révolutionnaires
aux dépens de la bourgeoisie algérienne. Le 19 juin
1965, Ahmed Ben Bella est renversé par le Colonel Houari
Boumediene. Son arrestation ne provoque pas de grandes manifestations
populaires, hormis à Annaba où l'armée fait plusieurs dizaines
de victimes. Cette sanglante journée restera gravée
dans la mémoire de beaucoups d'Annabis. Une nouvelle époque
commence : celle du régime militaro-policier. En 1971,
Boumediene nationalise les richesses naturelles, en particuliers
les hydrocarbures. Il espère aussi, par les énormes
revenus générés par la manne pétrolière,
passer rapidement du sous-développement au stade industriel.
"L'industrie industrialisante" devient la référence
majeure de la stratégie algérienne de développement.
Au terme de dix années, le résultat apparaît
assez décevant. L'échec de la réforme agraire
se manifeste par la marginalisation de l'agriculture, toujours
subordonnée à l'industrialisation et aux impératifs
de l'Etat. Le 27 décembre 1978 Boumediene meure d'une longue maladie. Sur recommandation de l'armée le Colonel Chadli
Bendjedid est désigné à sa succession
en tant qu'officier
le plus ancien dans le grade le plus élevé.
Elu le 7 février 1979 Président de la république
algérienne, Chadli Bendjedid obtiendra deux autres mandats
de cinq ans et restera au pouvoir jusqu'en janviers 1992. L'arrivé
de cet homme discret marque le début de la libéralisation
économique et une timide ouverture politique. Mais durant
ces années 1980 la corruption atteint des proportions
jamais inégalées. L'Algérie reste très
dépendante de ses hydrocarbures. La rente du gaz et du
pétrole ne suffit plus au financement des importations
et aux vastes programmes d'investissements publics dans l'industrie
et les services. La population est de plus en plus excédée
par l'étalage de richesses et l'arrogance d'une nouvelle
caste de privilégiés. Les frustrations s'accumulent,
surtout au sein de la jeunesse. Dans la soirée du 4 octobre
1988, des manifestations, essentiellement composées d'enfants
et de jeunes, sont "organisées" à Alger
pour protester contre la hausse des prix et la raréfaction
de produits de première nécessité. Mais très
vite, la situation dérape et des émeutes d'une incroyable
violence s'étendent aux principales villes algériennes.
En intervenant pour rétablir l'ordre, l'armée fait plusieurs centaines de victimes.
L'onde de choc d'octobre 1988 ébranle profondément
l'Etat et plongera, durant plusieurs jours, la société
algérienne dans un chaos sans égal depuis l'indépendance.
Il faudra cette révolte pour que le pouvoir - et notamment
sa composante militaire - découvre la force de mobilisation
du mouvement islamiste dans les quartiers populaires. A l'autre
extrémité, un pôle démocratique tente
de se constituer. Après vingt-six ans de règne sans
partage, le pouvoir s'engage dans un processus démocratique
bâti sur le sang d'une jeunesse sacrifiée. Le pas
est franchi, plus d'une quarantaine de nouveaux partis politiques
voient le jour. L'épisode sanglant du 5 octobre 1988, qui joua sans conteste un grand rôle dans l'éclosion du pluralisme politique et de la démocratique en Algérie, est de nos jours encore occulté par le pouvoir : ni commémoration ni déclaration, encore moins un hommage. Cette date charnière qui coûta la vie à plus de 400 jeunes et enfants en voulant tout simplement crier leur mal de vivre devrait être intégrée dans le panthéon de l'histoire de l'Algérie moderne.
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